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Au loin, la ville dressait ses tours , ses clochers et son phare . D'en être sorti avait donné au gens de la rue un bref sentiment de paix, de bonheur. Mais il leur fallait continuer, reprendre route , leur place dans la mince cohorte de réfugiés qui poursuivait son défilé . Deux kilomètres plus loin, Charles Bouthuille avait failli s'étaler sur le pavé : le père de Justin, qui marchait à ses côtés l'avait rattrapé par le bras alors qu'il tombait en avant. "C'est un éblouissement ", avait expliqué sa femme en pleurant. On avait assis l'ancien combattant sur le chariot , à côté de la petite Demeyer. Il s'était laissé faire, bredouillant seulement "c'est rien, c'est rien", avant de s'enfermer dans le silence. La petite troupe avait repris sa marche . C'en était fini des illusions de fête et de vacances. A l'entrée de Bourbourg, grosse bourgade plantée au milieu des terres à blé et à betteraves , deux maisons finissaient de brûler. La ville aux austères façades grises était encombrée de soldats, et de réfugiés qui cherchaient des abris pour la nuit. Tout était plein - mairie , salle des fêtes, salles paroissiales - et l'on en voyait qui étendaient des couvertures sous les arbres d'une place pour s'installer là. Verpratte, qui s'imposait désormais comme leur chef, avait expliqué aux gens de la rue qu'il serait absurde de faire de même . Cette ville où affluaient des troupes - venant d'où? allant où? - constituait un objectif tout désigné pour les aviateurs allemands. Il fallait, malgré la fatigue , continuer. On trouverait bien un peu plus loin, dans la campagne, une grange pour les héberger tous. Ils l'avaient suivi. Mais d'autres réfugiés occupaient les premières fermes rencontrées au sortir de la ville. Ils s'étaient écartés de la route principale avec l'espoir de trouver plus aisément un toit accueillant dans des lieux ignorés de la foule, et ils s'étaient bientôt trouvés à demi perdus sur des chemins de terre dont le chariot du Polonais occupait toute la largueur. Fatigués et inquiets, malgré la rousseur éclatante de ce soir de mai, ils auraient regretté d'être partis si des grondements prolongés , loin là-bas dans leur dos, ne leur avaient rappelé quel danger ils avaient fui. |
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