Le massacre de Wormhout
 

Le massacre de Wormhout est l'un des épisodes les plus tragiques de l'offensive allemande dans la région.

En ce 28 mai 1940, alors que les combats faisaient rage , la soldatesque nazie n'a pas hésité à passer par les armes d'infortunés prisonniers enfermés dans une grange . Une exécution ponctuée d'atrocités et connue sous le nom de "massacre de Wormhout" bien qu'elle ait eu lieu en réalité sur la commune voisine d'Esquelbecq.

Chaque année, des anciens combattants britanniques reviennent dans la plaine au Bois pour commémorer la nuit tragique de plusieurs dizaines de leurs camarades. Il y a aussi des habitants d'Esquelbecq qui, après plus d'un demi-siècle, se souviennent de ce jour sombre.

Etienne Timmerman avait treize ans à l'époque. Il habitait rue du Vert Vallon, à quelques kilomètres de la plaine au Bois où s'est joué le drame. "Le lundi 27 mai au soir, on a entendu des tirs d'obus, preuve que le front n'était pas loin. Mais ce n'est que le mardi matin que l'on s'est aperçu de la présence des Allemands", explique-t-il.

A la vue des Allemands, la famille Timmerman a voulu quitter l'abri de fortune (une grange) dans lequel elle s'était réfugiée . Les militaires ont cependant fait rentrer les Timmerman dans la grange, avant de mettre le feu à celle-ci avec des grenades incendiaires . Etienne Timmerman et les siens sont alors à nouveau sortis, et les Allemands les ont alignés contre un mur, pour leur demander s'ils ne cachaient pas d'armes ni de soldats.

C'est aussitôt après que les combats opposant les Anglais et les Allemands dans la plaine au Bois, située dans le triangle Wormhout - Esquelbecq - Ledringhem, ont commencé. On mesure la violence de l'affrontement quand on apprend que "jamais, depuis le début de la campagne, les SS n'ont rencontré une telle résistance ".

"Les Allemands nous ont obligés à aller dans le fossé avec eux. Pendant plusieurs heures, nous sommes restés là. A chaque fois qu'un Allemand levait la tête, on entendait siffler les balles des Anglais," se souvient M. Timmerman.

Il poursuit : "A un moment, un Allemand m'a offert une cigarette. J'ai refusé, parce qu'on nous avait recommandé de ne rien accepter de leur part. Voyant que j'avais peur de prendre la cigarette, le soldat l'a lui-même allumée et a tiré quelques bouffées pour me montrer qu'il n'y avait pas de danger..." Autre anecdote : "D'après les insignes des soldats allemands, j'étais persuadé qu'ils étaient du 44e régiment. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que le sigle que j'avais vu ne signifiait pas 44, mais SS..."

En fin d'après-midi, c'est Joseph Mercier, le beau-père d'Etienne Timmerman, qui a trouvé les corps des Anglais que les Allemands avaient tués après les avoir fait prisonniers. D'après les témoignages des survivants anglais, c'est le capitaine Mohnke qui a pris la décision de les exterminer . Ce capitaine était l'un des plus anciens de la division; sa férocité le mènera, à la chute de Berlin, au grade de général. En 1945, Wilhelm Mohnke a été fait prisonnier par les Russes. Après dix ans de captivité en U.R.S.S., il est reparti en Allemagne, où il a vécu quasiment incognito. C'est en 1988 qu'un enquête a été ouverte sur sa responsabilité présumée dans le massacre d'Esquelbecq. Cependant un tribunal allemand a ordonné l'arrêt des poursuites , faute de preuves suffisantes.

"Parmi les cadavres, il y avait deux Anglais gravement blessés mais encore vivants. Ils ont demandé à mon beau-père un seau de lait. Par la suite, l'un des deux a été conduit à l'hôpital militaire de Saint-Omer. En revanche, je ne sais pas ce qu'est devenu le second", déclare M. Timmerman.

Quant au nombre de prisonniers tués, il n'est pas établi avec précision. Si les archives londonniennes font état de 80 à 90 soldats, Etienne Timmerman rappelle en revanche qu'il n'y a eu que 35 sépultures (dont celle d'un Français). Il est probable que le chiffre repris par Londres recouvre le massacre d'autres Anglais dans les communes voisines de Wormhout et de Ledringhem. Il se peut également qu'il englobe des soldats tués durant le combat, et non après celui-ci.

On ne trouve pas non plus de chiffre sur le monument que les Dunkirk Veterans ont érigé route de Wormhout, à proximité de la grange dans laquelle les prisonniers ont été tués.


(D'après des articles parus dans "La Voix du Nord" , le 23-24 janvier 1994 et le 12 mai 1994)
 
     
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